Ce guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique. Chaque règle est rattachée à sa source. Quand je n’ai pas trouvé de source officielle, c’est écrit : il s’agit alors d’un conseil de prudence, pas d’une obligation. La première partie (la prise de vue) est faite de conseils de terrain, sans source officielle.
1. Prendre de bonnes photos de chantier
Avant et après, au même cadrage
- Photographiez l’état « avant » avant de toucher à quoi que ce soit, même si le chantier vous semble banal.
- Choisissez un repère fixe : un angle de mur, une fenêtre, un arbre. Photographiez ce repère ou marquez le sol, pour revenir exactement au même endroit.
- Gardez la même hauteur (par exemple à hauteur de poitrine), la même orientation du téléphone et le même objectif. Évitez le zoom numérique : reculez plutôt.
- Si vous le pouvez, revenez à la même heure de la journée. Sinon, la lumière différente fera croire à une autre prise de vue.
- Activez la grille de l’appareil photo pour garder l’horizon droit.
La lumière
- La lumière douce du début de matinée, de la fin d’après-midi ou d’un ciel couvert montre mieux les matières que le plein soleil de midi, qui crée des ombres dures.
- Évitez le contre-jour, sauf si vous le voulez. Placez le soleil dans votre dos ou sur le côté.
- À l’intérieur, ouvrez les volets et allumez les lumières. Évitez le flash.
Un téléphone suffit
Un smartphone récent suffit pour un site internet. Essuyez l’objectif avant de photographier, car une trace de doigt donne une image voilée. Touchez l’écran sur le sujet pour régler la netteté. Prenez plusieurs photos de chaque vue : vous garderez la meilleure.
Horizontal ou vertical
La plupart des photos d’un site s’affichent en largeur : privilégiez le format horizontal. Le format vertical sert pour un détail haut (escalier, poteau) ou pour une fiche Google. Quand vous hésitez, prenez les deux et laissez de la marge autour du sujet, pour pouvoir recadrer.
Ce qu’il faut montrer
- Une vue d’ensemble, puis un plan intermédiaire, puis les détails : matériaux, jonctions, finitions.
- Un chantier rangé : retirez outils, sacs, bennes et affaires personnelles du cadre quand c’est possible.
- Regardez le fond de l’image avant de déclencher : visages, plaques, numéro de rue, boîte aux lettres, nom sur un portail. La deuxième partie explique pourquoi.
Les fichiers
- Gardez les photos d’origine, sans filtre ni retouche forte. Si on vous les demande, envoyez les fichiers d’origine (e-mail, clé USB, lien de transfert) plutôt qu’une capture d’écran : certaines messageries peuvent réduire la taille et la qualité des images.
- Donnez un nom clair à chaque fichier : date, commune, type de travaux, avant ou après (par exemple 2026-09-terrasse-avant.jpg). N’y mettez ni l’adresse précise ni le nom du client.
- Rangez l’accord écrit du client avec les photos concernées.
2. Le cadre légal, règle par règle
Pour chaque point, je distingue ce que dit la source et ce que je vous conseille en plus.
Montrer la maison ou le jardin d’un client
Source officielle : non trouvée. Je n’ai pas trouvé, sur un site officiel, de page qui dise si un propriétaire peut s’opposer à la publication de la photo de son bien. [À CONFIRMER] auprès d’un conseil juridique. Ce qui est sourcé, c’est le respect de la vie privée : la CNIL cite l’article 9 du Code civil, « Chacun a droit au respect de sa vie privée ». Les points suivants (personnes visibles, adresse) s’appliquent dans tous les cas.
Conseil de prudence : demandez l’accord écrit du client avant de publier, de préférence avant le chantier. C’est son domicile, et ses photos peuvent montrer des éléments de sa vie privée.
Les personnes visibles
Source : Service Public, page « Droit à l’image et respect de la vie privée » (vérifiée le 6 mai 2022). Elle indique qu’il faut l’accord écrit d’une personne majeure pour utiliser une image où elle est reconnaissable. Dans un lieu public, l’autorisation est nécessaire si la personne est isolée et reconnaissable ; une scène de rue ou un groupe sans personne individualisée n’en demande pas. Pour un mineur, l’autorisation écrite des parents est obligatoire, « sans exception ». Publier une photo sans accord est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende ; photographier une personne dans un lieu privé sans son accord, d’un an et de 45 000 € (la CNIL cite les articles 226-8 et 226-1 du Code pénal). Accepter d’être photographié ne vaut pas accord pour la publication sur internet.
Conseil de prudence : cadrez sans visage, ou floutez-les, ou faites signer un accord écrit. La page ne prévoit pas de cas particulier pour vos salariés ou vos sous-traitants : faites-leur signer le même accord.
L’adresse du chantier
Source : la CNIL définit une donnée personnelle comme « toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable » et cite l’adresse postale parmi les moyens d’identifier quelqu’un indirectement. Une photo de la maison d’un particulier accompagnée de son adresse complète relève donc de ce cadre. La CNIL ne dit pas pour autant que c’est interdit.
Conseil de prudence : n’indiquez que la commune ou le secteur, et seulement avec l’accord du client. Pas de rue ni de numéro. Vérifiez l’arrière-plan : numéro de rue, boîte aux lettres, nom sur le portail. Si vous publiez des données personnelles, le guide sur les mentions obligatoires rappelle les règles à suivre.
Les plaques d’immatriculation
Source : la CNIL, dans sa réponse à la question « Peut-on publier sur internet les photos d’un véhicule sans flouter sa plaque d’immatriculation ? », écrit qu’« en principe, un particulier ne peut pas publier sur internet la photographie d’un véhicule sans flouter sa plaque ». Elle explique que la plaque est une donnée personnelle, car elle permet d’identifier indirectement le propriétaire, et cite deux exceptions (une mission d’intérêt public, comme un avis de recherche de la police ; la volonté des propriétaires, pour un rassemblement de véhicules). La page n’est pas datée et s’adresse à un particulier.
Conseil de prudence : appliquez la même règle à une entreprise. Floutez toutes les plaques, celles des clients et des voisins comme les vôtres, sauf accord du propriétaire. Préférez un aplat plein à un flou léger, qui peut rester lisible.
Les données GPS cachées dans les photos
Source : une photo prise avec un téléphone contient des données cachées (métadonnées), souvent la date et le lieu de prise de vue. Je n’ai pas trouvé de texte officiel qui oblige un artisan à les retirer avant de publier. Deux textes de la CNIL vont dans ce sens sans le rendre obligatoire pour vous : sa page du 6 février 2024 explique qu’en recoupant des informations, on peut retrouver « la localisation de la photographie, sa date, voire son auteur », et sa recommandation sur les applications mobiles (adressée aux éditeurs d’applications) conseille de supprimer les métadonnées de l’image (localisation, horodatage, données EXIF) si elles ne sont pas nécessaires.
Conseil de prudence : sur un chantier chez un particulier, ces données peuvent révéler son adresse exacte. Coupez la localisation de l’appareil photo dans les réglages de votre téléphone avant de photographier. Pour les photos déjà prises, retirez les données de localisation avant de les publier. Les intitulés des réglages changent selon l’appareil et la version : consultez l’aide de votre téléphone ou de votre ordinateur. Si vous confiez vos photos à un prestataire, demandez-lui s’il retire ces données.
Photos prises par un salarié ou un sous-traitant
Source : d’après l’article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle (Légifrance, en vigueur le 24 octobre 2026), l’auteur d’une œuvre en détient les droits du seul fait de sa création, et un contrat de travail ou de prestation n’y déroge pas, sous réserve des exceptions prévues par le Code. D’après l’article L131-3, la cession de ces droits doit mentionner séparément chaque droit cédé, avec son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. Les exceptions de l’article L131-3-1 concernent les agents de l’État, pas une entreprise privée. En pratique, un salarié ou un sous-traitant qui photographie votre chantier peut rester l’auteur de ses photos. Ces articles ne tranchent pas si une photo précise est protégée : c’est l’affaire d’un juge en cas de litige.
Conseil de prudence : faites signer une courte autorisation écrite à toute personne qui photographie pour vous, salarié, sous-traitant ou photographe engagé. Elle indique les usages (site, fiche Google, réseaux sociaux), la durée et le lieu (internet, donc le monde entier). Pour un photographe professionnel, demandez un contrat de cession détaillé.
Quand quelqu’un demande de retirer une photo
Source : la CNIL, page « Demander le retrait de votre image en ligne » (publiée le 25 janvier 2016, sans mise à jour affichée), explique qu’une personne peut demander au site de retirer son image au titre du droit à l’effacement du RGPD, ou saisir le juge. Sans réponse satisfaisante sous un mois, elle peut déposer une plainte auprès de la CNIL. La CNIL indique aussi que l’effacement peut être refusé dans certains cas, par exemple au nom de la liberté d’expression.
Conseil de prudence : retirez la photo sans attendre et répondez par écrit. Publiez un moyen de contact clair sur votre site (mentions légales).
3. Que mettre dans l’accord écrit du client
La CNIL décrit le consentement comme, en général, un accord écrit, daté et signé, qui précise les supports de diffusion, la finalité et la durée. Voici une liste de ce qu’il peut contenir. Ce n’est pas un modèle juridique validé.
- Votre nom et celui du client, la date.
- Les photos concernées (chantier, période).
- Les supports : votre site internet, votre fiche Google, vos réseaux sociaux.
- La finalité : présenter vos réalisations.
- La durée de publication.
- Ce qui ne sera pas publié : adresse précise, visages, plaques.
- Le droit du client de demander le retrait, et comment vous joindre.
- La signature du client.
4. Liste de contrôle avant d’envoyer ou de publier vos photos
- L’accord écrit du client est rangé avec les photos.
- Aucun visage reconnaissable, sauf accord écrit de la personne.
- Plaques floutées.
- Pas d’adresse complète, de numéro de rue ni de nom visible.
- Localisation retirée des fichiers.
- Le photographe (salarié, sous-traitant) a signé son autorisation.
- Avant et après au même cadrage.
Sources
- Service Public, « Droit à l’image et respect de la vie privée », page indiquant « Vérifié le 6 mai 2022 » : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F32103 (site externe), page consultée le 24 octobre 2026.
- CNIL, « Demander le retrait de votre image en ligne », publiée le 25 janvier 2016 : https://www.cnil.fr/fr/les-conseils-de-la-cnil-pour-mieux-maitriser-la-publication-de-photos-0 (site externe), page consultée le 24 octobre 2026.
- CNIL, « Peut-on publier sur internet les photos d’un véhicule sans flouter sa plaque d’immatriculation ? », page non datée : https://www.cnil.fr/fr/cnil-direct/question/1816 (site externe), page consultée le 24 octobre 2026.
- CNIL, « Donnée personnelle », page non datée : https://www.cnil.fr/fr/definition/donnee-personnelle (site externe), page consultée le 24 octobre 2026.
- CNIL, « Recoupement d’informations en ligne : ce que vous publiez peut dévoiler votre vie privée », publiée le 6 février 2024 : https://www.cnil.fr/fr/recoupement-dinformations-en-ligne-ce-que-vous-publiez-peut-devoiler-votre-vie-privee (site externe), page consultée le 24 octobre 2026.
- CNIL, « Recommandation relative aux applications mobiles », version modifiée publiée en avril 2025 d’après l’adresse du fichier, page 43 du PDF : https://www.cnil.fr/sites/default/files/2025-04/recommandation-applications-mobiles-modifiee_suivi.pdf (site externe), document consulté le 24 octobre 2026.
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L111-1 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006278868 (site externe), consulté le 24 octobre 2026.
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L131-3 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006278958 (site externe), consulté le 24 octobre 2026.
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L131-3-1 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006278959 (site externe), consulté le 24 octobre 2026.
La page de Service Public date de mai 2022 et celle de la CNIL sur le retrait d’image de 2016 : les règles ont pu évoluer depuis. Vérifiez sur les sites officiels avant de vous appuyer sur ce guide. Les conseils de prise de vue (partie 1) et les conseils de prudence viennent de mon expérience, pas d’une source officielle.
Dernière relecture de ce guide : 24 octobre 2026.
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